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& la maison du Chasse-Regret
ÖN EN PARLE
De vous à moi

Respirer le même air
Max Collen - RESPIRER LE MÊME AIR - hier est mort" se présente d’emblée comme le premier tome, et à la lecture on comprend que ce n’est pas un simple effet d’annonce. Vous semblez avoir pensé ce roman comme le début d’une œuvre sérielle, presque à la manière des séries télévisées, avec leurs arcs narratifs, leurs résonances, leurs silences.
Est-ce que vous revendiquez cette transposition de codes populaires vers un objet littéraire exigeant ?
Ben BrÖssø - Oui, très consciemment, je le revendique même mais sans nostalgie, ni provocation. Les romans longs ont toujours existé. La littérature n’a jamais eu peur du temps. Ce qui a changé, en revanche, c’est notre capacité à y demeurer. Nous vivons dans une époque de sollicitations constantes, de lectures interrompues, de pauses forcées. Plutôt que de lutter contre ce déficit d’attention, j’ai choisi de composer avec lui. La forme sérielle permet ces respirations saccadées : on s’arrête, on revient, on reprend le fil. Comme dans la vie.
Les séries télévisées ont réhabilité le temps long, la complexité, les personnages qui ne se résument pas à une fonction. En littérature, on s’est parfois enfermé dans l’idée du roman parfait, clos, définitif. Moi, je voulais un livre qui accepte de rester ouvert, poreux, traversé par le monde. J’ai voulu appliquer cette logique au roman, non pas pour l’appauvrir, mais pour lui permettre de continuer à exister dans notre manière actuelle d’être au monde.
Et puis écrire, c'est accepter de ne pas tout dire, de laisser des zones en suspens, de faire confiance au lecteur pour revenir. Chaque tome est autonome, mais incomplet par choix. Encore une fois, comme dans la vie.
Max Collen - Ce choix de la forme sérielle modifie profondément le geste romanesque. Qu’est-ce que cette écriture par tomes vous permet d’explorer, chez vos personnages mais aussi chez vos lecteurs, que le roman unitaire ne vous offrait pas ?
Ben BrÖssø - Le format sériel n'est pas en opposition au format unitaire mais il change profondément le lien au lecteur. Celui-ci n’étant plus face à un objet terminé : il devient mon compagnon de route. D'un point de vue littéraire cela me permet d’explorer les personnages sans les enfermer dans une fonction narrative immédiate. Je peux jouer avec la liberté de l'inachèvement. L’inachèvement n’est pas un manque, c’est une position morale. Mes personnages peuvent se taire, se tromper, disparaître un temps, et ce qui m’intéresse, ce n’est pas seulement l'intrigue, mais ce que le temps fait aux êtres.
Un roman unique impose une résolution. La série littéraire, elle, accepte l’inconfort, l’inachevé, elle laisse le temps agir sur les personnages, elle accepte leurs contradictions, leurs reculs, leurs questionnements,...
Je crois que notre époque ressemble davantage à ça. Notre monde contemporain ne se résout pas, il s’accumule.
Une vie à découvert
(en cours de rédaction)
